Chaque année en France, des nourrissons de moins de 3 mois sont hospitalisés pour une coqueluche sévère. Certains n’y survivent pas. Ce chiffre, rappelé régulièrement par Santé publique France, a de quoi marquer. Pourtant, il existe une stratégie simple et efficace pour protéger les bébés les plus fragiles, bien avant leur naissance. C’est là qu’intervient la vaccination pendant la grossesse.
Pour beaucoup de futures mamans, l’idée de recevoir un vaccin pendant la grossesse soulève des questions légitimes. Est-ce vraiment sans risque ? Est-ce vraiment utile ? Pourquoi maintenant et pas après ? Ces interrogations méritent des réponses claires, appuyées sur ce que la science et les autorités de santé recommandent aujourd’hui.

Ce guide fait le point sur tout ce que les parents doivent savoir sur le vaccin coqueluche en cours de grossesse : le pourquoi, le quand, le comment, et ce qui se passe si on n’a pas pu le faire à temps.
Sommaire (A lire dans cet article)
La coqueluche, une maladie qu’on sous-estime trop souvent
La coqueluche est une infection respiratoire très contagieuse, causée par la bactérie Bordetella pertussis. Chez l’adulte ou l’enfant vacciné, elle se manifeste souvent comme une toux prolongée, désagréable mais supportable. Chez le nourrisson de moins de 6 mois, c’est une tout autre histoire.
Les bébés à cet âge ne sont pas encore protégés par le calendrier vaccinal : les premières injections ne sont pas administrées avant 2 mois, et la protection complète n’est acquise qu’après plusieurs doses. Pendant cette période, leur système respiratoire immature rend la maladie potentiellement mortelle. Les quintes de toux peuvent être si violentes qu’elles empêchent le nourrisson de respirer. Des apnées, une pneumonie, une atteinte cérébrale par manque d’oxygène : les complications sont graves.
Ce qui rend la situation encore plus délicate, c’est que la coqueluche circule en permanence dans la population adulte, souvent sans être diagnostiquée. Un parent, un grand-parent, une nounou peut transmettre la bactérie sans le savoir à un nourrisson de quelques semaines. C’est ce qu’on appelle la transmission intrafamiliale, et elle représente la majorité des contaminations chez les très jeunes bébés.
Pourquoi vacciner pendant la grossesse protège le bébé
Le principe est à la fois simple et élégant. Lorsqu’une femme enceinte reçoit le vaccin coqueluche au troisième trimestre, son organisme produit des anticorps contre la bactérie. Ces anticorps traversent le placenta et se retrouvent dans la circulation sanguine du fœtus. À la naissance, le bébé dispose alors d’une protection passive héritée de sa mère, qui lui permet de faire face à une éventuelle contamination avant que sa propre vaccination soit complète.
Cette stratégie, appelée vaccination maternelle ou cocooning actif, est désormais validée par de nombreuses études internationales. Une méta-analyse publiée dans The Lancet a montré que la vaccination de la mère pendant la grossesse réduisait de plus de 90 % le risque de coqueluche sévère chez les nourrissons de moins de 3 mois. Ce n’est pas une mesure anodine : c’est actuellement la protection la plus efficace disponible pour les nouveau-nés.
« La vaccination des femmes enceintes contre la coqueluche est l’une des interventions les plus efficaces pour protéger les nouveau-nés, qui ne peuvent pas encore être vaccinés. »
— Haute Autorité de Santé (HAS), recommandations vaccinales 2022
- Le vaccin coqueluche recommandé pendant la grossesse est le vaccin dTcaP (diphtérie, tétanos, coqueluche acellulaire, polio), administré en une seule injection.
- Il doit idéalement être fait entre 20 et 36 semaines d’aménorrhée (SA), avec une préférence pour la période 20-32 SA pour maximiser le transfert d’anticorps.
- Le vaccin est inactivé : il ne contient pas de virus ou bactérie vivante, ce qui le rend compatible avec la grossesse.
- La protection conférée au bébé est estimée à plus de 90 % d’efficacité contre les formes sévères chez les moins de 3 mois.
- En France, cette vaccination est prise en charge à 100 % par l’Assurance maladie pendant la grossesse.
Quand et comment faire ce vaccin pendant la grossesse
Le moment idéal : entre 20 et 36 semaines
La fenêtre recommandée par la HAS se situe entre 20 et 36 semaines d’aménorrhée. L’objectif est double : laisser suffisamment de temps à l’organisme maternel pour produire des anticorps en quantité significative, et s’assurer que ces anticorps traversent bien le placenta avant l’accouchement. Plus la vaccination est faite tôt dans cette fenêtre (idéalement avant 32 SA), plus le bébé reçoit une dose d’anticorps importante à la naissance.
Si le vaccin n’a pas pu être administré dans ce délai, il reste possible de le faire jusqu’à l’accouchement. La protection sera moindre, mais non nulle. Dans ce cas, l’entourage du bébé doit absolument être à jour sur sa propre vaccination.
Un vaccin déjà connu et bien toléré
Le vaccin utilisé pendant la grossesse est un vaccin combiné qui protège simultanément contre la diphtérie, le tétanos, la coqueluche et la poliomyélite. Ce n’est pas un vaccin nouveau : il est utilisé depuis des décennies dans le calendrier vaccinal, y compris chez les enfants. Sa version acellulaire ne contient que des fragments de la bactérie, jamais de germe vivant. Il n’y a donc aucun risque de déclencher la maladie par le vaccin lui-même.
Les effets secondaires sont ceux classiquement observés après tout vaccin : rougeur ou légère douleur au point d’injection, fatigue passagère, parfois une légère fièvre. Ils disparaissent en général en 24 à 48 heures. Les études de suivi réalisées sur des milliers de femmes enceintes n’ont pas mis en évidence d’augmentation du risque de complications obstétriques ou de malformations fœtales.
Et si vous avez été vaccinée récemment ? La question du rappel
Une question revient souvent dans les consultations prénatales : est-il utile de refaire un vaccin coqueluche si on en a déjà reçu un il y a quelques années ? La réponse des autorités sanitaires est claire : oui, à chaque grossesse.
L’immunité conférée par le vaccin coqueluche décline avec le temps. Même si vous êtes à jour sur votre vaccination, le taux d’anticorps peut être insuffisant pour assurer un transfert efficace au fœtus. C’est pourquoi la HAS recommande de vacciner à chaque grossesse, quel que soit le statut vaccinal antérieur, et quel que soit l’intervalle depuis la dernière injection. Cette recommandation peut surprendre, mais elle repose sur une logique simple : l’enjeu n’est pas votre propre protection, mais celle de votre futur bébé.
Le cocooning : quand la vaccination maternelle n’a pas été possible
Si le vaccin n’a pas pu être réalisé pendant la grossesse — accouchement prématuré, refus initial, information manquante lors du suivi prénatal — il existe une stratégie complémentaire appelée le cocooning. Elle consiste à s’assurer que toutes les personnes qui vont être en contact étroit avec le nouveau-né sont elles-mêmes protégées contre la coqueluche.
Cela concerne en priorité les deux parents, mais aussi les grands-parents et toute autre personne amenée à garder le bébé régulièrement. En France, un rappel coqueluche est recommandé pour les adultes n’ayant pas été vaccinés depuis plus de 10 ans, et idéalement avant la naissance du bébé ou dans les jours qui suivent. La mère peut également recevoir le vaccin juste après l’accouchement si elle ne l’a pas eu pendant la grossesse, même si elle allaite : le vaccin est compatible avec l’allaitement.
Le cocooning est une mesure utile, mais elle reste moins efficace que la vaccination prénatale. Elle dépend de la mobilisation de l’entourage, ce qui n’est pas toujours simple à organiser dans les semaines entourant une naissance.
En parler avec son médecin ou sa sage-femme
La vaccination coqueluche fait désormais partie intégrante du suivi prénatal en France. Elle figure dans le calendrier vaccinal officiel et peut être réalisée par un médecin généraliste, un gynécologue-obstétricien ou une sage-femme lors d’une consultation de grossesse ordinaire. Le bon moment pour en parler est dès le début du troisième trimestre, autour de la consultation du 6e mois.
Si vous avez des doutes sur votre statut vaccinal, votre professionnel de santé peut consulter votre carnet de santé ou votre Mon Espace Santé. En l’absence d’information, le principe retenu est de vacciner : une dose supplémentaire de ce vaccin inactivé n’est pas contre-indiquée, même si vous avez été récemment vaccinée.
Protéger un nouveau-né contre la coqueluche, c’est agir avant même sa naissance. C’est l’une des décisions les plus concrètes et les plus documentées qu’un parent puisse prendre pendant la grossesse. La médecine ne dispose pas souvent d’outils aussi efficaces et aussi simples à mettre en œuvre. Ce serait dommage de passer à côté.

