Sommaire (A lire dans cet article)
Quelques semaines avant le grand jour, une question revient souvent dans les discussions entre futures mamans : faut-il vraiment rédiger un projet de naissance ? Pas obligatoire, certes. Mais pour beaucoup de parents, ce document change vraiment la façon dont l’accouchement se vit. Pas parce qu’il garantit que tout se passera comme prévu — l’accouchement reste imprévisible par nature — mais parce qu’il oblige à réfléchir à ses valeurs, à ses peurs, à ses souhaits. Et surtout, parce qu’il ouvre un dialogue avec l’équipe soignante.
Un projet de naissance bien rédigé n’est pas une liste d’exigences. C’est une invitation à la conversation, un outil pour que la sage-femme ou l’obstétricien comprenne qui vous êtes et ce qui compte pour vous. Alors comment le construire ? Que mettre dedans, et comment le formuler pour qu’il soit vraiment lu et pris en compte ?
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Voici un guide concret, avec un exemple de projet de naissance structuré, pour vous aider à rédiger le vôtre.
Qu’est-ce qu’un projet de naissance, exactement ?
Le projet de naissance est un document écrit, rédigé par les futurs parents, qui exprime leurs souhaits concernant le déroulement de l’accouchement et les premières heures avec leur bébé. Il peut aborder l’environnement souhaité en salle de naissance, la gestion de la douleur, les interventions médicales, le rôle du partenaire, l’allaitement ou encore les soins au nouveau-né.
En France, la Haute Autorité de Santé (HAS) encourage les professionnels à intégrer ce document dans le suivi prénatal. Il s’inscrit dans une démarche de maternité bienveillante, où les parents ne sont plus de simples patients mais des acteurs informés de leur accouchement. Selon les derniers rapports de la HAS sur le suivi de la grossesse, le recueil des préférences des femmes fait partie intégrante d’une prise en charge respectueuse et personnalisée.
Concrètement, ce document fait entre une demi-page et deux pages. Pas plus. Plus il est clair et lisible, plus il a de chances d’être consulté par l’équipe de garde le jour J — qui ne vous connaît pas forcément.
Ce qu’un projet de naissance peut (et ne peut pas) faire
Première chose à clarifier : un projet de naissance n’est pas un contrat. L’équipe médicale reste maître de la situation en cas d’urgence ou de complication. Et c’est tant mieux. Ce document ne vise pas à imposer des choix mais à exprimer des préférences, en sachant qu’elles pourront être adaptées selon le contexte.
Ce que le projet de naissance peut faire, en revanche, est considérable. Il permet d’éviter les malentendus, de réduire l’anxiété — parce qu’on a réfléchi à différents scénarios — et de renforcer le sentiment de contrôle dans une situation qui peut être déstabilisante. Des études ont montré que les femmes qui ont participé activement aux décisions concernant leur accouchement rapportent une expérience globalement plus positive, même lorsque le déroulement n’a pas correspondu à leurs attentes initiales.
« La satisfaction des femmes vis-à-vis de leur accouchement est davantage liée au sentiment d’avoir été écoutées et respectées qu’à l’absence de douleur ou à un accouchement sans intervention. » — Selon les recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé sur les soins intrapartum (2018)
Rédiger votre projet de naissance, c’est donc avant tout un exercice de connaissance de soi. Et d’anticipation sereine.
À retenir
- Le projet de naissance exprime vos souhaits, pas des exigences : gardez un ton ouvert et collaboratif.
- Limitez-vous à 1 ou 2 pages maximum : un document trop long risque de ne pas être lu en entier par l’équipe.
- Rédigez-le idéalement entre le 7e et le 8e mois, après avoir discuté de vos options avec votre sage-femme ou gynécologue.
- Prévoyez plusieurs exemplaires : un pour le dossier de maternité, un à apporter le jour J, un pour votre partenaire.
- Mentionnez explicitement que vous avez conscience que le document peut évoluer selon le déroulement de l’accouchement : cela rassure l’équipe et montre votre réalisme.
Les grandes rubriques d’un projet de naissance : exemple structuré
Voici comment organiser votre document, rubrique par rubrique, avec des exemples de formulations que vous pouvez adapter à votre situation.
L’environnement en salle de naissance
Vous pouvez préciser vos préférences concernant la lumière (tamisée ou normale), la musique (une playlist que vous avez préparée, ou le silence), les allées et venues dans la salle (limiter les interruptions non nécessaires), et la présence d’autres personnes que votre partenaire. Exemple de formulation : « Nous souhaiterions, dans la mesure du possible, une lumière douce et peu d’interruptions afin de favoriser un environnement calme. »
La gestion de la douleur
C’est souvent le point le plus important. Précisez si vous souhaitez une péridurale d’emblée, si vous souhaitez essayer d’autres méthodes en premier (bain, ballon, TENS, positions libres, protoxyde d’azote…), ou si vous visez un accouchement sans péridurale. Restez ouverte sur les formulations : « Je souhaite explorer d’abord les méthodes non médicamenteuses, tout en sachant que je pourrai demander une péridurale si je change d’avis. » Cette formulation est bien plus efficace qu’un simple « Je ne veux pas de péridurale », qui peut être perçu comme rigide.
Le rôle du partenaire (ou de l’accompagnant)
Indiquez ce que vous attendez de votre partenaire : qu’il soit actif (couper le cordon, guider vos respirations), ou simplement présent et rassurant. Précisez aussi s’il sera votre porte-parole si vous ne pouvez plus vous exprimer. Ce rôle clairement défini lui donnera confiance et évitera les hésitations le moment venu.
Les interventions médicales
Vous pouvez exprimer vos souhaits concernant le monitoring (continu ou intermittent si la situation le permet), la rupture artificielle des membranes, l’épisiotomie (en précisant que vous souhaitez qu’elle ne soit pratiquée qu’en cas de réelle nécessité médicale), ou encore la direction des efforts expulsifs. Sur l’épisiotomie, il est utile de savoir que l’OMS et la HAS recommandent depuis plusieurs années de l’utiliser de façon restrictive, et non systématique — vous pouvez vous appuyer sur cela dans votre document.
L’accueil du bébé
C’est la partie qui touche souvent les parents au cœur. Vous pouvez mentionner votre souhait de peau à peau immédiat, le délai souhaité avant la coupe du cordon (le cordon dit « lotus » ou simplement un délai de quelques minutes), les premiers soins (aspirations uniquement si nécessaire, bain différé…), et la présence du partenaire auprès du bébé si vous deviez être indisponible. Un exemple concret : « Nous souhaitons que le cordon cesse de battre avant d’être coupé, et que notre bébé soit posé sur mon ventre dès sa naissance, sauf contre-indication médicale. »
L’alimentation du bébé et les suites de couches
Indiquez si vous souhaitez allaiter, et si oui, que le bébé ne reçoive pas de complément de lait artificiel sans votre accord explicite. Si vous allaitez, mentionnez votre souhait d’être accompagnée par une consultante en lactation si nécessaire. Si vous choisissez le lait infantile, indiquez-le clairement pour éviter toute pression dans un sens ou dans l’autre. Cette section concerne aussi la chambre (chambre seule si possible, nuits en cohabitation avec le bébé…).
Comment présenter et remettre votre projet de naissance
La forme compte autant que le fond. Un document aéré, lisible, avec des titres clairs, sera beaucoup plus facilement consulté qu’un bloc de texte dense. Évitez les longues explications : allez droit au but. Le ton doit rester positif et collaboratif — on ne fait pas la liste de ce qu’on refuse, on exprime ce qu’on souhaite.
Remettez votre projet de naissance à votre sage-femme ou obstétricien lors d’une consultation prénatale, idéalement entre 32 et 36 semaines d’aménorrhée. Cela vous permettra d’en discuter ensemble, de vérifier que vos souhaits sont compatibles avec les pratiques de la maternité, et d’ajuster certains points si nécessaire. Le jour de l’accouchement, glissez un exemplaire dans votre valise de maternité et demandez à ce qu’il soit intégré à votre dossier.
Certain(e)s parents choisissent d’y ajouter une petite note d’introduction — deux phrases pour remercier l’équipe et rappeler que ce document est un outil de dialogue, pas un cahier des charges. Ce geste simple est souvent très bien reçu.
Un projet de naissance bien pensé ne garantit pas l’accouchement dont vous rêvez. Mais il vous permet d’arriver en salle de naissance avec une meilleure connaissance de vous-même, et avec des soignants qui savent ce qui vous importe vraiment. C’est déjà énorme. Prenez le temps de le rédiger, de le relire, de le partager avec votre partenaire — et laissez-vous aussi la liberté de changer d’avis jusqu’au dernier moment. C’est votre accouchement, et il vous appartient.

