Pizza margherita, salade caprese, lasagnes gratinées… La mozzarella est partout dans nos assiettes, et difficile de s’en passer. Mais dès les premières semaines de grossesse, une question revient systématiquement : peut-on continuer à en manger ? Entre les listes d’aliments à éviter, les conseils contradictoires de l’entourage et les recommandations parfois floues des professionnels de santé, il est facile de se retrouver perdue face à un simple plateau de fromages.
La bonne nouvelle, c’est que la mozzarella n’est pas un fromage à bannir pendant la grossesse. Mais comme souvent, tout est une question de forme et de préparation. Fraîche ou fondue, au lait de vache ou de bufflonne, industrielle ou artisanale : chaque situation appelle une réponse différente. Voici ce qu’il faut savoir pour continuer à se faire plaisir en toute sérénité.

Sommaire (A lire dans cet article)
Pourquoi certains fromages sont-ils déconseillés pendant la grossesse ?
La grossesse modifie profondément le système immunitaire. Cette adaptation naturelle protège le fœtus, mais elle rend aussi l’organisme plus vulnérable à certaines bactéries alimentaires. Deux infections concentrent particulièrement l’attention des professionnels de santé : la listériose et la toxoplasmose.
La listériose est causée par la bactérie Listeria monocytogenes, présente dans certains aliments crus ou peu transformés. Chez une personne en bonne santé, elle provoque au pire des symptômes grippaux passagers. Pendant la grossesse, en revanche, elle peut entraîner des complications graves : fausse couche, accouchement prématuré ou infection néonatale sévère. Selon Santé publique France, le taux de létalité chez les nouveau-nés atteints de listériose néonatale dépasse 20 %, ce qui explique la vigilance particulière recommandée aux femmes enceintes.
La toxoplasmose, elle, est liée au parasite Toxoplasma gondii, que l’on retrouve surtout dans la viande crue et les légumes mal lavés, mais aussi parfois dans certains produits laitiers peu hygiéniques. Si vous êtes immunisée contre la toxoplasmose (ce que votre suivi prénatal permettra de vérifier), ce risque ne vous concerne pas directement.
Ce sont ces deux risques qui orientent les recommandations autour des fromages pendant la grossesse — et la mozzarella n’échappe pas à cette grille de lecture.
La mozzarella fraîche : prudence mais pas panique
La mozzarella classique — celle que l’on trouve en boule dans un sachet de petit-lait — est un fromage à pâte fraîche non affinée. Elle n’a pas subi de maturation longue, ce qui la distingue des fromages à croûte fleurie comme le camembert ou les fromages à pâte persillée comme le roquefort, explicitement déconseillés pendant la grossesse.
Pour autant, la mozzarella fraîche n’est pas totalement sans risque. Son fort taux d’humidité en fait un terrain favorable à la prolifération bactérienne, notamment à Listeria. C’est pourquoi les autorités sanitaires françaises, via l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES), recommandent aux femmes enceintes de préférer la mozzarella industrielle sous vide à la mozzarella artisanale vendue à la coupe, dont la chaîne du froid est plus difficile à garantir.
La mozzarella di bufala, un cas particulier
La mozzarella di bufala, fabriquée à partir de lait de bufflonne, bénéficie d’une AOP et d’une réputation gastronomique bien méritée. Elle est souvent plus crémeuse, plus goûtue que sa version au lait de vache. Mais elle est aussi produite en grande partie à partir de lait cru ou peu pasteurisé, selon les producteurs.
C’est ici que la vigilance s’impose. Un fromage au lait cru, même frais, présente un risque listériose plus élevé qu’un fromage pasteurisé. Si vous adorez la bufala, le plus simple est de vérifier l’étiquette : la mention « lait pasteurisé » doit y figurer. À défaut, mieux vaut la consommer cuite — fondue sur une pizza bien chaude, par exemple — plutôt que crue.
La mozzarella industrielle sous vide
La grande majorité des mozzarellas vendues en grande surface en France est fabriquée à partir de lait pasteurisé. C’est le cas de la plupart des marques courantes. Ce type de mozzarella, conservé sous vide et consommé avant la date indiquée, représente un risque très faible. Elle peut tout à fait faire partie de l’alimentation pendant la grossesse, crue ou cuite.
À retenir
- La mozzarella au lait pasteurisé est compatible avec la grossesse, crue comme cuite.
- La mozzarella au lait cru (dont certaines di bufala) doit être consommée cuite, à cœur, pour éliminer tout risque bactérien.
- Vérifiez toujours l’étiquette : la mention « lait pasteurisé » doit être clairement indiquée.
- Évitez la mozzarella vendue à la coupe ou sans emballage hermétique, dont la traçabilité est moins fiable.
- Une fois ouverte, consommez-la rapidement et conservez-la au réfrigérateur dans son liquide d’origine.
Cuite, elle ne pose pratiquement aucun problème
C’est peut-être la règle la plus utile à retenir : la cuisson à haute température détruit Listeria et Toxoplasma gondii. Une mozzarella fondue sur une pizza passée au four à 220 °C, gratinée dans un plat de pâtes ou incorporée dans une sauce chaude est parfaitement sûre, quelle que soit l’origine du lait.
La condition, c’est que la chaleur soit uniforme et suffisante. Un fromage simplement tiédi en surface mais encore froid au centre n’offre pas les mêmes garanties qu’un fromage véritablement fondu et bouillonnant. Dans le doute, il vaut mieux prolonger légèrement la cuisson.
« La cuisson constitue le moyen le plus efficace d’éliminer les pathogènes d’origine alimentaire, y compris Listeria monocytogenes, à condition qu’elle soit menée à une température suffisante et de manière homogène dans l’aliment. »
Concrètement, cela signifie que la salade caprese est le seul usage vraiment à surveiller pendant la grossesse, car la mozzarella y est consommée crue et froide. Pour tout le reste — pizzas, lasagnes, aubergines à la parmigiana, tarte tomate-mozzarella passée au four — vous pouvez vous faire plaisir sans inquiétude particulière, à condition d’utiliser une mozzarella au lait pasteurisé ou de vous assurer d’une cuisson complète.
Quelles règles d’hygiène observer ?
Au-delà du choix du fromage lui-même, quelques réflexes simples réduisent considérablement les risques liés à la listériose alimentaire pendant la grossesse.
Respecter scrupuleusement la date limite de consommation est un premier point non négociable. La mozzarella fraîche se conserve mal et les bactéries prolifèrent rapidement une fois l’emballage ouvert. Si vous n’avez pas utilisé l’intégralité de la boule, remettez-la dans son liquide, filmez-la et consommez-la dans les 24 heures.
Le réfrigérateur doit être maintenu à une température inférieure ou égale à 4 °C — une précaution souvent négligée mais qui a son importance. Un réfrigérateur mal réglé ou trop plein peut créer des zones à température insuffisante, favorisant la multiplication bactérienne.
Enfin, évitez de mélanger dans le même bac à légumes ou sur le même plan de travail des aliments crus (viande, poisson, légumes terreux) et des produits laitiers prêts à consommer. La contamination croisée est l’une des voies d’entrée les plus fréquentes de Listeria dans l’alimentation du quotidien.
Et la mozzarella au restaurant ou en pizzeria ?
La question se pose souvent lors de repas à l’extérieur, où l’on n’a pas accès à l’étiquette du fromage utilisé. Dans la plupart des restaurants italiens ou des pizzerias en France, la mozzarella utilisée pour les cuissons est industrielle et pasteurisée — c’est la norme pour des raisons de coût et de logistique. Sur une pizza cuite dans un four à haute température, le risque est donc marginal.
En revanche, si vous commandez une salade caprese ou un plat où la mozzarella est servie crue, il n’est pas inutile de poser la question au serveur : « Est-ce de la mozzarella au lait pasteurisé ? » La demande peut sembler pointilleuse, mais elle est tout à fait légitime et la plupart des professionnels de restauration y répondront sans difficulté.
Les apports nutritionnels de la mozzarella pendant la grossesse
Au-delà des questions de sécurité alimentaire, la mozzarella a de vraies qualités nutritionnelles qui en font un fromage intéressant pour les femmes enceintes. Elle est riche en calcium, un minéral essentiel à la minéralisation osseuse du fœtus, particulièrement importante à partir du deuxième trimestre. Une portion de 100 g de mozzarella apporte environ 500 mg de calcium, soit près de 40 % des besoins journaliers recommandés pendant la grossesse.
Elle contient également des protéines de bonne qualité, des vitamines B12 et B2, ainsi que du phosphore. Comparée à d’autres fromages, elle est relativement modérée en graisses saturées, ce qui en fait un choix raisonnable dans le cadre d’une alimentation équilibrée. Rien ne justifie donc de s’en priver systématiquement — il suffit d’adopter les bons réflexes.
Manger de la mozzarella enceinte, c’est avant tout une question de forme et de préparation, pas d’interdiction. Une mozzarella pasteurisée, bien conservée, cuite ou consommée fraîche dans le respect des règles d’hygiène de base, n’a aucune raison d’être exclue de vos repas. Si le moindre doute persiste sur un produit en particulier, votre sage-femme ou votre médecin reste le meilleur interlocuteur pour adapter les recommandations à votre situation personnelle.

