Des pleurs inconsolables, souvent en fin de journée, un bébé qui se tortille, qui ramène les genoux contre le ventre, un visage rouge de douleur… et deux parents démunis qui essaient tout sans résultat. Les premières semaines avec un nourrisson peuvent être bouleversantes de bonheur, mais aussi d’épuisement — surtout quand les coliques s’installent. Ce phénomène, aussi courant qu’angoissant, touche une très large part des familles. Et pourtant, il reste souvent mal compris.
Ce n’est pas une maladie grave. Ce n’est pas non plus « dans la tête » des parents. Les coliques du nourrisson sont une réalité physiologique dont les mécanismes commencent seulement à être mieux cernés par la recherche. Comprendre ce qui se passe dans le petit ventre de votre bébé, savoir quoi faire — et quoi éviter — peut changer radicalement la façon dont vous vivez ces moments de crise.

Ce guide a été conçu pour vous donner une vue claire et honnête de la situation : ce que sont vraiment les coliques, pourquoi elles surviennent, comment les soulager et surtout, comment tenir bon jusqu’à ce qu’elles disparaissent d’elles-mêmes.
Sommaire (A lire dans cet article)
Qu’est-ce qu’une colique du nourrisson, exactement ?
La définition médicale de référence est celle du pédiatre américain Morris Wessel, reprise depuis des décennies sous le nom de règle des trois : on parle de coliques quand un bébé en bonne santé pleure plus de trois heures par jour, plus de trois jours par semaine, pendant plus de trois semaines. Cela peut sembler abstrait formulé ainsi, mais dans la réalité, les parents reconnaissent la situation immédiatement.
Les crises suivent souvent un schéma assez prévisible. Elles surviennent généralement en fin d’après-midi ou en soirée — ce qu’on appelle parfois le « pic du soir » — et durent de quelques dizaines de minutes à plusieurs heures. Le bébé pleure de façon intense, inconsolable, sans qu’aucune cause évidente ne l’explique : il n’a pas faim, il n’a pas besoin d’être changé, il n’a pas de fièvre. Il se tortille, contracte son ventre, et rien ne semble le calmer durablement.
Ces épisodes apparaissent en général entre la deuxième et la quatrième semaine de vie, atteignent leur pic vers six semaines, puis s’atténuent progressivement. La bonne nouvelle — et elle est réelle — c’est que les coliques disparaissent presque toujours avant les quatre mois du bébé.
Pourquoi les bébés font-ils des coliques ?
C’est la question que tous les parents se posent, et la réponse honnête est la suivante : on ne sait pas encore avec certitude. Plusieurs hypothèses coexistent, et il est probable que les coliques n’aient pas une seule cause unique mais résultent d’une combinaison de facteurs.
Un système digestif encore immature
La piste la plus souvent avancée est celle de l’immaturité du tube digestif. À la naissance, l’intestin du nourrisson doit apprendre à fonctionner de façon autonome, à gérer les contractions musculaires, à produire les bonnes enzymes. Ces ajustements peuvent provoquer des spasmes douloureux — d’où ces petits ventres durs et ces jambes repliées pendant les crises. Le microbiote intestinal, encore en cours de colonisation, joue très probablement un rôle dans cette équation.
Le rôle du microbiote
Des recherches récentes ont mis en évidence que les bébés souffrant de coliques présentent souvent une composition du microbiote intestinal différente de celle des autres nourrissons, avec notamment une concentration plus faible en Lactobacillus reuteri. Cette piste ouvre des perspectives thérapeutiques intéressantes, même si les études sont encore en cours et que les résultats restent nuancés.
D’autres facteurs possibles
La sensibilité au lactose, une allergie aux protéines de lait de vache, l’ingestion d’air pendant les tétées, le stress environnemental ou une hyperstimulation sensorielle sont également évoqués. Certains nourrissons semblent simplement avoir un système nerveux plus réactif, plus « dans la vie » — ce qui n’est pas un défaut, mais peut rendre les premières semaines particulièrement intenses.
À retenir
- Les coliques touchent entre 10 et 40 % des nourrissons selon les études — vous êtes loin d’être seuls dans cette situation.
- Elles apparaissent vers 2-4 semaines de vie et disparaissent généralement avant 4 mois, souvent dès 3 mois.
- Un bébé qui fait des coliques est un bébé en bonne santé : les coliques ne causent aucun dommage physique durable.
- Le soulagement n’est pas toujours possible à 100 %, mais plusieurs approches permettent d’atténuer les crises.
- Si votre bébé a de la fièvre, vomit en jet, refuse toutes les tétées ou perd du poids, consultez un médecin : ce ne sont pas des symptômes de coliques.
Comment soulager les coliques : ce qui fonctionne vraiment
Il n’existe pas de remède miracle universel — et tout produit ou personne qui vous le promettra devrait éveiller votre méfiance. Cela dit, certaines approches ont montré des résultats encourageants, et d’autres constituent au minimum un soutien pour le bébé et pour les parents.
Le portage et les mouvements rhythmiques
Tenir le bébé contre soi, en position ventrale sur l’avant-bras (la « position du tigre »), peut apporter un réel soulagement pendant la crise. La chaleur du corps, la pression douce sur le ventre et le mouvement rythmique — qu’il vienne d’une balancelle, d’une marche en appartement ou d’une voiture en route — ont un effet apaisant bien documenté. Le portage en écharpe est également plébiscité par de nombreuses familles pour réduire la durée des pleurs.
Les massages du ventre
Des gestes doux en cercles dans le sens des aiguilles d’une montre sur le ventre du nourrisson peuvent aider à faire circuler les gaz et à détendre les spasmes. La technique des « jambes à vélo » — bouger doucement les jambes du bébé comme s’il pédalait — est aussi souvent recommandée par les sages-femmes et les puéricultrices. Ces gestes n’ont aucun effet secondaire et renforcent le lien parent-enfant, ce qui est déjà une bonne raison de les pratiquer.
Adapter l’alimentation
Pour les bébés nourris au sein, certains aliments consommés par la mère — choux, légumineuses, café, lait de vache en grande quantité — sont parfois pointés du doigt. L’évidence scientifique reste modérée, mais il peut valoir la peine d’observer si la suppression temporaire de certains aliments modifie les crises. Pour les bébés nourris au biberon, vérifier la taille de la tétine (pour éviter l’ingestion d’air) et utiliser des biberons anti-coliques peuvent faire une différence.
Les probiotiques : une piste sérieuse
Le Lactobacillus reuteri DSM 17938 est le probiotique le plus étudié dans le contexte des coliques. Plusieurs essais cliniques ont montré une réduction significative de la durée des pleurs chez les nourrissons allaités. Les résultats sont moins nets chez les bébés nourris au lait artificiel. Si vous souhaitez essayer cette approche, parlez-en à votre pédiatre ou à votre médecin traitant avant de commencer.
« Les preuves actuelles suggèrent que Lactobacillus reuteri peut réduire les pleurs chez les nourrissons allaités souffrant de coliques, mais des recherches supplémentaires sont nécessaires pour établir des recommandations générales. » — Cochrane Database of Systematic Reviews
Ce qu’il vaut mieux éviter
Face aux pleurs incessants d’un nourrisson, la tentation est grande d’essayer tout ce qui se présente. Certains remèdes populaires méritent pourtant d’être écartés. Les tisanes à base de fenouil, d’anis ou de camomille sont encore largement utilisées, mais leur efficacité n’est pas démontrée et elles peuvent, à forte dose, présenter des risques pour les très jeunes nourrissons. Les médicaments contenant du diméticone (simethicone) sont souvent vendus en pharmacie comme remède anti-gaz, mais les études n’ont pas montré de supériorité par rapport au placebo.
Et puis il y a ce que les professionnels de santé rappellent avec constance : ne jamais secouer un bébé, même épuisé, même au bout du rouleau. Le syndrome du bébé secoué est une urgence neurologique grave. Si vous sentez que vous atteignez vos limites — ce qui arrive, et ce n’est pas une honte — posez le bébé en sécurité dans son lit et prenez quelques minutes hors de la pièce.
Prendre soin de soi quand son bébé a des coliques
Ce point est rarement abordé, et pourtant il est fondamental. Les coliques du nourrisson sont l’une des premières causes de dépression post-partum et d’épuisement parental intense. Entendre son bébé pleurer sans pouvoir le consoler, nuit après nuit, fragilise même les parents les plus solides.
Accepter de l’aide — d’un conjoint, d’un proche, d’une auxiliaire de puériculture — n’est pas un aveu d’échec. C’est une nécessité. Se relayer la nuit, même une fois par semaine, peut suffire à récupérer suffisamment pour tenir. Parler à votre sage-femme, à votre médecin ou à une consultante en lactation si vous allaitez : ces professionnels sont là précisément pour ces moments-là.
Les coliques n’ont pas de sens caché. Elles ne signifient pas que vous faites mal votre travail de parent. Elles ne signifient pas non plus que votre bébé sera difficile toute sa vie. C’est une phase, intense et éprouvante, mais délimitée dans le temps. La grande majorité des familles qui traversent cette période en sortent avec un bébé apaisé et des parents qui, avec le recul, réalisent qu’ils étaient plus solides qu’ils ne le pensaient.

