Sommaire (A lire dans cet article)
Trois heures du matin. Bébé hurle depuis une heure, le ventre dur, les jambes repliées sur le ventre. Vous avez tout essayé : le biberon, la tétée, le doudou, les bras, la promenade dans le couloir. Rien n’y fait. Si cette scène vous est familière, vous n’êtes pas seuls — et vous ne faites rien de mal. Les coliques du nourrisson touchent entre 10 et 40 % des bébés selon les études, sans distinction de mode d’alimentation, de culture ou de soin parental.
Ce phénomène, aussi épuisant qu’angoissant pour les parents, reste encore mal compris de la médecine. Pourtant, des années de recherche et d’observations cliniques permettent aujourd’hui de mieux le cerner, de reconnaître ses signes, d’en comprendre les mécanismes probables et — surtout — de trouver des stratégies concrètes pour traverser cette période sans sombrer.
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Ce guide rassemble ce que l’on sait réellement sur les pleurs inexpliqués du nourrisson : ce qu’ils sont, ce qu’ils ne sont pas, et ce que vous pouvez faire, dès ce soir si nécessaire.
Ce que l’on appelle vraiment « colique du nourrisson »
Le terme « colique » est en réalité un peu trompeur. Il évoque une douleur intestinale précise, alors que les spécialistes l’utilisent surtout comme une étiquette commode pour décrire un syndrome de pleurs excessifs chez un bébé par ailleurs en bonne santé.
La définition de référence, dite règle des « trois » ou critères de Wessel, pose un cadre clair : on parle de coliques lorsqu’un nourrisson pleure plus de trois heures par jour, plus de trois jours par semaine, pendant plus de trois semaines, sans cause médicale identifiable. En pratique, beaucoup de pédiatres utilisent ces critères de manière souple, car attendre trois semaines pour consulter n’a évidemment aucun sens si les pleurs vous dépassent dès la première semaine.
Ce qui caractérise ces épisodes, c’est leur côté imprévisible et intense : bébé se cambre, rougit, serre les poings, replie les jambes. Le ventre peut sembler tendu, des gaz sont parfois expulsés. Et puis, aussi soudainement que c’est arrivé, tout s’arrête. Bébé s’endort, épuisé. Vous aussi.
Quand ça commence, quand ça s’arrête
Les coliques apparaissent généralement entre la deuxième et la quatrième semaine de vie. Elles atteignent leur pic vers l’âge de six semaines, ce qui correspond souvent à l’une des périodes les plus intenses de la parentalité précoce. La bonne nouvelle — et elle est réelle — c’est qu’elles disparaissent presque toujours spontanément avant les trois ou quatre mois du bébé.
Les pleurs surviennent le plus souvent en fin d’après-midi et en soirée, entre 17h et 23h environ. Ce rythme, quasi universel, a conduit certains chercheurs à évoquer une immaturité du système nerveux central : le bébé serait en quelque sorte « débordé » par les stimulations accumulées au cours de la journée. D’autres pistes pointent vers la flore intestinale, encore en construction à cet âge.
À retenir
- Les coliques touchent 1 bébé sur 5 environ, quel que soit son mode d’alimentation.
- Elles débutent généralement entre 2 et 4 semaines de vie et s’arrêtent vers 3-4 mois.
- Le pic se situe autour de 6 semaines : c’est souvent le moment le plus difficile à traverser.
- Un bébé qui a des coliques n’est pas malade : son développement n’est pas affecté.
- Si les pleurs s’accompagnent de fièvre, de vomissements, de sang dans les selles ou d’un refus de téter, consultez un médecin sans attendre.
Pourquoi bébé a des coliques ? Ce que la science dit (et ne dit pas)
Voilà la question que tous les parents se posent — et à laquelle la médecine n’a pas encore de réponse définitive. Plusieurs hypothèses coexistent, et il est probable que les coliques n’aient pas une seule cause mais plusieurs, qui varient selon les bébés.
Une immaturité du système digestif
Le tube digestif du nourrisson est encore en pleine maturation. Les enzymes digestives, la motricité intestinale, la flore bactérienne — tout se met en place progressivement au cours des premiers mois. Certains bébés sembleraient plus sensibles que d’autres à cette période de transition, accumulant des gaz ou ressentant des contractions intestinales inconfortables. Cela expliquerait pourquoi les coliques disparaissent naturellement avec le temps, sans traitement.
Le rôle du microbiote intestinal
Des recherches récentes s’intéressent de près au microbiote intestinal du nourrisson — cet ensemble de bactéries qui colonisent progressivement son intestin dès la naissance. Certaines études ont observé que les bébés souffrant de coliques présentaient une flore intestinale différente de ceux qui n’en avaient pas, avec notamment moins de Lactobacillus reuteri. C’est sur cette piste que repose l’utilisation de probiotiques, dont nous parlons plus bas.
Une hypersensibilité sensorielle
D’autres spécialistes défendent l’hypothèse d’une hypersensibilité neurologique : certains nourrissons auraient un seuil de tolérance aux stimulations extérieures (bruit, lumière, activité) plus bas que d’autres. En fin de journée, une fois ce seuil dépassé, les pleurs seraient en quelque sorte un mécanisme de décharge. Ce qui expliquerait pourquoi calmer l’environnement, proposer du portage ou du mouvement rythmique peut parfois aider.
« Les pleurs intenses du nourrisson en bonne santé relèvent d’un phénomène développemental normal, même s’ils peuvent être très éprouvants pour l’entourage. Aucun élément ne permet d’incriminer les parents dans leur survenue. »
— Société Française de Pédiatrie
Ce qui peut vraiment aider : les approches validées
Face aux coliques, les remèdes de grand-mère abondent. Certains sont inoffensifs, d’autres moins. Voici ce que les données disponibles permettent d’affirmer avec un minimum de recul.
Le portage et le mouvement
Porter bébé contre soi, en écharpe ou en porte-bébé physiologique, est l’une des stratégies les plus plébiscitées par les parents — et par les pédiatres. Le contact corporel, la chaleur, le mouvement rythmique et le bruit du cœur semblent avoir un effet apaisant réel. Certaines études ont montré qu’augmenter le temps de portage quotidien réduisait la durée des pleurs chez les nourrissons. Le balancement doux, la promenade en voiture ou la position « ventre contre avant-bras » (dite position du footballeur) sont également souvent efficaces lors des crises.
Les probiotiques : une piste sérieuse
Le Lactobacillus reuteri DSM 17938 est la souche probiotique la plus étudiée dans le cadre des coliques. Plusieurs essais cliniques ont montré une réduction significative de la durée des pleurs chez les nourrissons allaités supplémentés avec ce probiotique. Les résultats sont plus mitigés chez les bébés nourris au lait artificiel. Demandez l’avis de votre pédiatre ou de votre médecin traitant avant d’en donner à votre bébé — mais sachez que c’est une option sérieuse, pas une simple mode.
Adapter l’alimentation maternelle ou le lait artificiel
Si vous allaitez, certains professionnels de santé suggèrent d’observer si l’élimination temporaire des produits laitiers de votre alimentation modifie les symptômes de votre bébé. Les protéines de lait de vache peuvent passer dans le lait maternel et provoquer une réaction chez les nourrissons sensibles. Ce n’est pas une cause universelle, mais cela vaut la peine d’être exploré avec un professionnel. Pour les bébés nourris au biberon, certains laits dits « confort » ou hydrolysés peuvent être envisagés, toujours sur avis médical.
Ce qui ne sert à rien (voire ce qui est déconseillé)
Les gouttes à base de siméticone (destinées à réduire les gaz) sont largement prescrites, mais leur efficacité n’a pas été prouvée de manière convaincante par les études cliniques. Les tisanes à base de fenouil ou d’anis étoilé, bien que traditionnellement utilisées, ne sont pas recommandées pour les nourrissons en raison de risques potentiels. Et certains médicaments anciennement utilisés contre les spasmes intestinaux chez le bébé ont été retirés du marché pour des raisons de sécurité.
Prendre soin de soi quand bébé a des coliques
Les coliques sont une épreuve pour le bébé, mais aussi — et c’est important de le dire — pour les parents. L’épuisement, la culpabilité, l’impuissance face aux pleurs d’un enfant que l’on ne peut pas consoler : tout cela peut peser très lourd sur le moral et la relation de couple.
Plusieurs études ont établi un lien entre les pleurs excessifs du nourrisson et le risque accru de dépression post-partum chez la mère, mais aussi chez le père. Ce n’est pas une fatalité, mais c’est un signal qui mérite attention. Alterner les nuits, accepter l’aide de l’entourage, ne pas hésiter à poser bébé en sécurité dans son lit le temps de reprendre son souffle : ce sont des gestes essentiels, pas des aveux de faiblesse.
Si vous sentez que vous n’en pouvez plus, que la situation dépasse vos forces, parlez-en à votre médecin, à votre sage-femme ou à la PMI. Des soutiens existent. Et surtout : le fait que votre bébé ait des coliques ne dit rien de vous en tant que parent.
Les coliques du nourrisson sont l’une de ces réalités de la parentalité dont on parle trop peu avant la naissance — et qui peuvent prendre les parents totalement par surprise. Elles finissent. Toujours. Et souvent, de l’autre côté de ces semaines difficiles, apparaît un bébé qui sourit, qui s’éveille, qui découvre le monde. Tenir bon jusque-là, c’est déjà beaucoup.

