Des pleurs intenses, inconsolables, qui surviennent souvent en fin de journée et durent parfois des heures. Si vous traversez cette période, vous savez à quel point elle peut être éprouvante. Les coliques du nourrisson touchent entre 10 et 40 % des bébés selon les études, sans distinction de mode d’alimentation, de sexe ou de culture. Autrement dit : vous n’êtes pas seuls, et ce n’est pas de votre faute.
Pourtant, difficile de rester serein face à un bébé qui hurle sans qu’on puisse l’apaiser. On se questionne, on culpabilise, on essaie tout. Ce guide a justement pour vocation de faire le point : ce que sont vraiment les coliques, pourquoi elles apparaissent, et surtout ce qui peut aider concrètement — sans promesses miraculeuses.
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Sommaire (A lire dans cet article)
Qu’est-ce qu’une colique du nourrisson exactement ?
Le terme « colique » est souvent employé de manière large pour désigner tous les pleurs excessifs du jeune bébé. Mais médicalement, on parle de coliques du nourrisson selon la règle des trois, établie par le pédiatre Morris Wessel dans les années 1950 et toujours utilisée comme référence : des pleurs survenant plus de trois heures par jour, plus de trois jours par semaine, pendant plus de trois semaines, chez un bébé par ailleurs en bonne santé.
Ces épisodes débutent généralement entre la deuxième et la quatrième semaine de vie, atteignent leur pic vers six semaines, puis disparaissent — souvent aussi mystérieusement qu’ils sont apparus — aux alentours de trois à quatre mois. Un calendrier qui semble cruel sur le moment, mais qui offre au moins une certitude : ça finit toujours.
Les signes caractéristiques
Pendant un épisode de coliques, le bébé pleure de façon soudaine et intense, souvent à la même heure (typiquement en fin d’après-midi ou en soirée). Son visage peut rougir, ses poings se serrer, ses jambes se replier sur le ventre. Le ventre paraît parfois tendu. Aucune distraction, aucune tétée, aucun bercement ne semble suffire. Ces crises durent en moyenne vingt minutes à une heure, parfois davantage.
Ce tableau clinique est suffisamment reconnaissable pour orienter vers les coliques — mais si votre bébé présente de la fièvre, refuse de s’alimenter, perd du poids ou si les pleurs changent de nature, une consultation pédiatrique s’impose sans attendre.
Pourquoi les bébés ont-ils des coliques ? Les causes explorées
C’est la grande question, et honnêtement, la science n’a pas encore de réponse définitive. Plusieurs hypothèses coexistent, et il est probable que les coliques soient multifactorielles — c’est-à-dire qu’elles résultent d’une combinaison de facteurs propres à chaque bébé.
L’immaturité du système digestif
L’explication la plus répandue reste celle d’un tube digestif encore immature. Le transit du nouveau-né est en pleine mise en route : les enzymes digestives ne sont pas toutes opérationnelles, le microbiote intestinal s’installe progressivement, et les mouvements péristaltiques peuvent être irréguliers. Tout cela génère des gaz, des spasmes, un inconfort que le bébé ne sait pas gérer autrement que par les pleurs.
Le rôle du microbiote intestinal
Des recherches récentes pointent vers le microbiote comme acteur central. Des études ont montré que les bébés souffrant de coliques présentaient une diversité bactérienne intestinale plus faible, avec notamment moins de Lactobacillus et davantage de bactéries productrices de gaz. C’est l’une des raisons pour lesquelles les probiotiques, en particulier Lactobacillus reuteri, font l’objet d’un intérêt croissant dans la prise en charge des coliques.
La sensibilité neurologique et la surcharge sensorielle
Une autre piste sérieuse est celle du système nerveux immature du nourrisson. En fin de journée, après des heures de stimulations visuelles, auditives et tactiles, certains bébés atteindraient une sorte de seuil de saturation. Les pleurs seraient alors une façon de « décharger » cette accumulation. Cela expliquerait pourquoi les coliques surviennent presque toujours le soir, et pourquoi le mouvement et le contact physique aident parfois à calmer.
À retenir
- Les coliques touchent jusqu’à 40 % des nourrissons : c’est fréquent, banal médicalement, et toujours transitoire.
- Elles apparaissent vers 2 à 4 semaines de vie et disparaissent généralement avant 4 mois.
- Un bébé qui pleure beaucoup n’est pas forcément un bébé malade : si la courbe de poids est bonne et qu’il n’y a pas de fièvre, les coliques restent le diagnostic le plus probable.
- Aucun remède ne fonctionne pour tous les bébés : l’essentiel est de tester avec patience et de ne jamais laisser l’épuisement parental s’installer sans chercher du soutien.
- Consultez un pédiatre si les pleurs changent de nature, si bébé refuse de manger ou si quelque chose vous inquiète — votre instinct parental a de la valeur.
Ce qui peut vraiment soulager bébé
Pas de solution magique — mais plusieurs approches ont montré une efficacité réelle, ou du moins un bénéfice suffisant pour valoir la peine d’être essayées.
Le portage et le mouvement
C’est souvent la première chose qui fonctionne. Porter bébé contre soi, en écharpe ou en porte-bébé physiologique, combine chaleur, mouvement et contact — trois éléments qui activent les mécanismes de réassurance du nouveau-né. La position semi-inclinée (ventre contre votre poitrine, légèrement incliné vers l’avant) peut soulager la pression abdominale. Bercer, marcher, faire de légers balancements : le mouvement rythmique rappelle à bébé l’environnement intra-utérin.
La chaleur sur le ventre
Appliquer une chaleur douce sur l’abdomen — une bouillotte tiède enveloppée dans un tissu, ou simplement votre main chaude posée à plat — peut détendre les muscles abdominaux et réduire les spasmes. Certains parents utilisent un bain tiède en dehors des crises, ce qui semble aider à en diminuer la fréquence chez certains bébés.
Les massages du ventre
Le massage abdominal dans le sens des aiguilles d’une montre (le sens du transit) aide à mobiliser les gaz et à stimuler le péristaltisme. Des mouvements doux, circulaires, pratiqués en dehors des crises — jamais pendant les pleurs intenses, car bébé est alors trop tendu — peuvent progressivement réduire l’inconfort. Les kinésithérapeutes pédiatriques peuvent montrer les bons gestes si vous n’êtes pas à l’aise.
Les probiotiques : une piste prometteuse
Parmi les approches les plus étudiées ces dernières années, Lactobacillus reuteri DSM 17938 se distingue. Plusieurs essais cliniques randomisés ont montré une réduction significative de la durée des pleurs chez les nourrissons allaités traités avec cette souche. Les résultats sont moins clairs pour les bébés nourris au lait infantile, et la Haute Autorité de Santé (HAS) reste prudente sur les recommandations généralisées. Mais si votre pédiatre l’approuve, cela peut valoir la peine d’essayer.
« Les probiotiques, et notamment Lactobacillus reuteri, montrent des résultats encourageants dans la réduction des coliques chez le nourrisson allaité, même si des études supplémentaires sont nécessaires pour établir des recommandations universelles. » — Académie Américaine de Pédiatrie (AAP), 2021
Adapter l’alimentation : quelques ajustements possibles
Si vous allaitez, il est tentant de modifier radicalement votre alimentation. En réalité, les preuves scientifiques sur l’impact du régime maternel sur les coliques restent limitées. Certains bébés semblent réagir aux produits laitiers ou aux crucifères consommés par la mère — mais ce n’est pas une généralité. Si vous suspectez une sensibilité alimentaire, parlez-en à votre médecin avant de supprimer des catégories entières d’aliments.
Pour les bébés au lait infantile, un changement vers un lait hypoallergénique (HA) ou partiellement hydrolysé peut être envisagé après avis médical, notamment si une allergie aux protéines de lait de vache est suspectée. Attention toutefois à ne pas confondre coliques classiques et allergie alimentaire, qui présente des signes spécifiques (eczéma, régurgitations importantes, sang dans les selles).
Prendre soin de soi pour prendre soin de bébé
C’est peut-être le point le moins abordé, et pourtant l’un des plus importants. Faire face aux coliques de son bébé nuit après nuit, sans pouvoir le calmer, génère une fatigue profonde et parfois un sentiment d’impuissance qui peut virer à l’épuisement parental, voire à l’anxiété ou à la dépression post-partum.
Demander de l’aide n’est pas un aveu d’échec. Alterner avec votre partenaire, accepter qu’un proche vienne garder bébé quelques heures pour que vous puissiez dormir, ne pas rester seul face à ces pleurs — tout cela protège autant bébé que vous. Un parent épuisé est moins disponible, et le stress parental peut lui-même aggraver la tension dans l’environnement du bébé.
Si à un moment vous sentez que vous n’en pouvez plus, posez bébé en sécurité dans son lit et prenez quelques minutes dans une autre pièce. C’est la bonne décision. Les lignes d’écoute parentale existent pour ces moments difficiles — elles ne jugent pas, elles accompagnent.
Quand consulter en urgence ?
Les coliques, bien qu’éprouvantes, ne mettent pas la santé de bébé en danger. Mais certains signaux doivent conduire à une consultation rapide, voire aux urgences pédiatriques :
- Fièvre supérieure à 38 °C chez un bébé de moins de 3 mois
- Refus persistant de s’alimenter ou vomissements en jet
- Perte de poids ou stagnation pondérale
- Sang dans les selles ou les vomissements
- Bébé difficile à réveiller ou anormalement mou
- Pleurs d’une nature différente des habituels — plus aigus, plus continus, sans aucune accalmie
Ces signes sortent du cadre classique des coliques fonctionnelles et nécessitent une évaluation médicale pour écarter d’autres causes.
Les coliques du nourrisson restent l’une des réalités les plus intenses des premières semaines de vie — pour bébé, mais surtout pour les parents qui les traversent. Savoir que c’est physiologique, que ça passe, et que des solutions existent pour alléger ces moments difficiles : voilà ce qui aide vraiment à tenir. Chaque bébé est différent, et ce qui fonctionne pour l’un ne fonctionnera pas forcément pour l’autre. La patience, le soutien et un pédiatre de confiance à qui poser vos questions sans filtre : c’est souvent la meilleure combinaison.
